MAYA

 

Texte Etienne Guichard.   Mise en scène :  Marie Paule Guillet

Note écriture :

Les discours « écolos » des années 70 sont devenus les slogans de ceux qui les moquaient. Pourtant les discours politiques s’écrasent contre la dictature économique qui impose sa logique absurde. Notre modèle de consommation nous entraîne à la catastrophe. La lucidité pourrait nous conduire à un fatalisme désespéré. Pourtant une conscience nouvelle, de jour en jour, naît de la peur. La peur de la finitude de cette terre que l’on recommence à appeler «mère ». Aujourd’hui, chacun peut se revendiquer d’un début de conscience écologique de n’importe quel bord qu’il soit. Cette conscience appelle à des révolutions du comportement aussi bien pragmatiques que spirituelles.

L’envie d’un poème dramatique traversé par cette énergie, m’a mené  à une plongée dans notre monde intérieur à la recherche de ce que l’on poursuit plus ou moins consciemment. 

« Maya » est l’histoire des retrouvailles de deux personnages en bout de course. Des personnages dans une dimension à la fois symbolique et singulière.

Maya est métisse. En devenant une « bio-pirate » au service d’un groupe pharmaceutique,  elle s’est construite, dans le refus de ses aptitudes au chamanisme, un étroit territoire à la frontière du monde moderne et de la culture indienne. Sacha est un aventurier aux multiples vies, aux multiples masques, à bout de souffle. Nous sommes bien au 21° siècle et chacun d’eux est sale de ses actes, de ses renoncements, de ses choix de vie. Ils se découvrent acteurs involontaires d’une histoire, d’une conscience qui les dépassent totalement.

Dans leurs retrouvailles, ils sont confrontés à un autre couple improbable :  Blud adolescent, sorte de bouffon des bidonvilles, fantasque et imprévisible, sorte de grenade dégoupillée et de sa compagne Rosa, fille du chaman disparu, muette, petite pute des quartiers. Ces deux personnages fonctionnent comme des accidents révélateurs dans l’histoire de Maya et de ses retrouvailles avec Sacha. Blud est dangereux comme le sont les gosses des bidonvilles qui ne connaissent plus de limites, émouvant aussi dans ses rêves maladroits bourrés de stéréotypes télévisuels. Il fonctionne en ruptures comiques. Rosa, muette, apporte elle, un décalage poétique. Au delà des mots, elle est celle qui ressent le mieux ce qui se passe à l’intérieur de Maya. C’est  elle qui, paradoxalement, va libérer la parole sur le mystère et la légende. Ce qui importe, ici, n’est plus la dimension politique des faits mais ce qui bascule dans les personnages dans cette situation aux portes du fantastique.

Est-ce la « Terre Mère » des indiens qui parle au travers de Maya ? 

Les retrouvailles amoureuses de Maya et Sacha se révèlent être une plongée vers le plus profond d’eux-mêmes, au point même qu’ils doutent de la réalité de ce qui leur arrive. Rêve, cauchemar, parcours initiatique. Maya serait-elle une construction mentale, un fantasme d’occidental accompagné d’une bonne dose de culpabilité ?   

Deux personnes se retrouvent au moment où la carapace du mental se fissure pour laisser entrevoir un autre niveau de conscience. 

Une conscience  inconfortable, en mouvement, ouverte sur le mystère…

De tout temps, dans chaque pays, continent, tribu, village, des hommes et des femmes sont devenus hommes ou femmes médecine, sorciers, chamans. Des intermédiaires entre les hommes et le monde de l’invisible, détenteur d’une connaissance qui soigne. C’est un constat. Il ne s’agit pas de faire une quelconque apologie  mais d’écouter et de rêver sur ce mystère.

Les peuples « premiers »  (aborigènes, amérindiens), ceux qui n’ont pas encore totalement étaient absorbés par le monde moderne hurlent de leurs dernières forces que nous avons rompus avec le sacré de la Terre. A l’heure où nous sommes, nous les habitants d’une planète village qui semble se rétrécir au fur et à mesure que le nombre de ses habitants explose, que la communication électronique évolue et transforme radicalement notre façon de vivre, à l’heure où le mot de décroissance ne va plus refléter une quelconque idéologie mais une nécessité à inventer, nous sommes obligés de nous réinventer, de nous réconcilier.

Maya part d’un regard fasciné sur une femme qui a dans son mystère des facultés chamaniques qu’elle refuse.

Maya, c’est une invitation à écouter le monde intérieur d’un personnage se révéler aujourd’hui.

C’est une naissance nimbée encore de tout son mystère.

C’est un télescopage de la folie du monde avec les exigences d’une autre raison impérieuse et intérieure.

La recherche d’une épure.

Alternance de récits et de jeu, l’écriture est une construction musicale. On annonce les thèmes. Celui de Maya,  thème central, le contrepoint avec Sacha,  puis les accidents dans leur fugue : Blud et Rosa. 

L’écriture joue alors des références « cinématograhiques » avec ses récits comme des gros plans, des voix « off », des travelings, un découpage en séquences structurées par les retours à soi des personnages dans une adresse directe au public.

Dans un rythme soutenu, façon « thriller » le spectacle sera mené par les émotions des personnages, dans le regard abasourdi de ce qui leur arrive.

Les couleurs contrastées des récits (solaire dans la paix qu’elle a trouvée enfin au bout de son trajet pour Maya,  dans le bouleversement de ce qui vient de lui être révélé pour Sacha), les télescopages avec le bavardage bouffon de Blud, les mouvements silencieux de Rosa,  donnent une  palette impressionniste à la narration générale.

Comme dans un conte, il faut faire confiance à ce qui est raconté sans jamais l’expliquer.

A l’histoire de distiller ses échos profonds.

Etienne Guichard